L’infiltration de cortisone est une injection locale de corticoïde réalisée directement au niveau du talon, dans la zone d’insertion du fascia plantaire sur le calcanéum. Elle ne dissout pas l’épine osseuse elle-même, qui est une excroissance calcifiée asymptomatique dans de nombreux cas. Ce qu’elle cible, c’est l’inflammation du fascia plantaire, le tissu fibreux tendu entre le talon et la base des orteils, dont l’irritation chronique provoque la douleur caractéristique de la fasciite plantaire associée à l’épine calcanéenne.
Ce que l’infiltration de cortisone traite réellement dans l’épine calcanéenne
Une précision anatomique s’impose avant d’évaluer les résultats : l’épine calcanéenne, aussi appelée épine de Lenoir, est une ossification visible à la radiographie, mais elle n’est pas systématiquement la source de la douleur. La douleur sous le talon vient le plus souvent de la fasciite plantaire, c’est-à-dire de l’inflammation de l’aponévrose plantaire à son insertion calcanéenne.
Le corticoïde injecté agit comme un anti-inflammatoire puissant et localisé. Il réduit l’oedème tissulaire, inhibe les médiateurs de l’inflammation et diminue la sensibilisation des terminaisons nerveuses locales. L’effet n’est donc pas mécanique : il ne corrige pas la surcharge biomécanique ni la raideur du mollet qui entretiennent la pathologie.
C’est pourquoi le médecin ou le chirurgien orthopédiste présente généralement l’infiltration comme une fenêtre thérapeutique, une période de moindre douleur à mettre à profit pour reprendre des exercices d’étirement et de rééducation active.
Délais d’action et durée des résultats : ce que montrent les données
Le soulagement après une infiltration de cortisone n’est pas immédiat. Un léger regain douloureux peut survenir dans les 24 à 48 heures suivant l’injection, le temps que l’effet anti-inflammatoire se mette en place. L’amélioration perceptible apparaît généralement dans les premiers jours à deux semaines.
Une revue Cochrane publiée en 2017 conclut à une légère réduction de la douleur à court terme, jusqu’à environ un mois après l’injection. En revanche, elle ne met pas en évidence de bénéfice entre un et six mois, et les auteurs soulignent que la qualité des données disponibles reste limitée.
Un essai randomisé publié en 2023 dans le British Journal of Sports Medicine apporte un éclairage complémentaire : l’ajout d’une injection guidée par échographie à un programme associant talonnette, conseils et exercices n’a pas produit de différence cliniquement pertinente par rapport aux autres groupes, jusqu’au suivi d’un an.
Ces données ne signifient pas que l’infiltration est sans intérêt, mais elles invitent à des attentes réalistes : le bénéfice est surtout de courte durée, et il s’efface si la cause mécanique n’est pas traitée en parallèle.

Infiltration seule ou combinée : pourquoi le contexte thérapeutique change tout
Les résultats d’une infiltration varient fortement selon ce qui l’entoure. Utilisée de façon isolée, sans rééducation ni correction des facteurs déclenchants, l’amélioration reste superficielle et temporaire. Associée à un programme structuré, elle peut permettre une reprise d’activité plus rapide et faciliter le travail de remobilisation.
Les facteurs qui conditionnent le résultat d’une infiltration incluent :
- La durée d’évolution de la douleur avant l’injection : une fasciite récente répond généralement mieux qu’une forme chronique installée depuis plusieurs mois.
- La précision du geste : une infiltration guidée par échographie permet de cibler plus précisément la zone d’insertion, ce qui améliore la déposition du corticoïde au bon endroit.
- L’association à des exercices d’étirement du mollet et du fascia plantaire, dont l’efficacité propre est documentée dans la prise en charge de la fasciite plantaire.
Une méta-analyse publiée en 2024 dans Clinical Rehabilitation, portant sur seize essais randomisés et 1 121 participants, rapporte de meilleurs résultats avec les ondes de choc qu’avec les injections à trois et six mois, sans différence notable à douze mois. Cette comparaison ne disqualifie pas les infiltrations, mais elle indique que d’autres options méritent d’être discutées avec le médecin selon le profil du patient.
Risques et limites des infiltrations de corticoïde au talon
Les complications graves sont rares, mais elles existent et méritent d’être connues avant de consentir au geste. Le risque le plus documenté est la rupture du fascia plantaire, favorisée par des injections répétées qui fragilisent le tissu conjonctif. C’est la raison pour laquelle les praticiens limitent généralement le nombre d’infiltrations dans une même zone sur une période donnée.
D’autres effets indésirables locaux sont possibles :
- Atrophie du coussinet graisseux du talon, qui assure naturellement l’amortissement à la marche et dont la perte aggrave les douleurs à long terme.
- Dépigmentation cutanée localisée, surtout visible chez les patients à peau mate ou foncée.
- Réaction douloureuse transitoire dans les heures suivant l’injection, liée au véhicule cristallin du corticoïde.
La revue de la littérature souligne par ailleurs que le signalement des complications reste incomplet dans de nombreux essais, ce qui rend difficile une évaluation précise de leur fréquence réelle. Cette limite est mise en avant par Prescrire, qui juge l’évaluation clinique trop fragile pour justifier les risques de façon systématique.
Quand envisager une infiltration et quand s’en abstenir
L’infiltration de cortisone s’envisage typiquement lorsque les traitements conservateurs de première intention – étirements, semelles orthopédiques, réduction des contraintes mécaniques – n’ont pas suffi à contrôler la douleur après plusieurs semaines. Elle peut aussi être proposée d’emblée en cas de poussée inflammatoire aiguë rendant toute mise en charge très difficile.
Elle n’est pas adaptée à toutes les situations. Une fasciite plantaire installée depuis plus d’un an, devenue chronique et peu inflammatoire, répond moins bien à un corticoïde qu’à un travail de renforcement progressif ou à des ondes de choc. Le diabète, les troubles de la coagulation ou une infection locale constituent des contre-indications à évaluer avec le médecin.
L’infiltration de cortisone soulage, mais ne guérit pas la cause. Le talon doit rester déchargé quelques jours après le geste, et la reprise d’activité doit être progressive pour ne pas annuler le bénéfice obtenu. Sans rééducation associée, le risque de récidive à moyen terme reste élevé.

