Après 65 ans, le suivi médical change de nature. Les pathologies chroniques s’installent souvent sans symptôme apparent, et les dépistages organisés par l’Assurance Maladie ne couvrent qu’une partie des risques réels. Depuis 2024, le dispositif Mon Bilan Prévention structure un parcours dédié aux seniors, mais ses contours restent flous pour beaucoup de patients. Quels examens sont réellement recommandés, lesquels relèvent du parcours de soins courant, et où se situent les limites du système actuel de prévention après 65 ans ?
Risque de chute et fragilité : l’angle mort des bilans classiques
La plupart des contenus sur les bilans de santé après 65 ans listent les mêmes examens biologiques : glycémie, cholestérol, créatinine. Ces analyses restent utiles, mais elles passent à côté d’un enjeu majeur : l’évaluation fonctionnelle du risque de chute et de fragilité.
Chez les plus de 65 ans, les chutes représentent la première cause de mortalité accidentelle. Le dépistage de ce risque repose sur des tests simples en consultation : évaluation de l’équilibre, de la vitesse de marche, de la force de préhension. Ces paramètres permettent d’identifier un état de pré-fragilité avant qu’une fracture ou une hospitalisation ne survienne.
Des synthèses cliniques récentes recommandent d’intégrer systématiquement cette évaluation fonctionnelle au bilan de prévention, en complément des analyses biologiques. La révision des traitements médicamenteux en fait partie : certains psychotropes ou antihypertenseurs augmentent le risque de chute, et un ajustement posologique peut suffire à réduire ce danger.

Mon Bilan Prévention après 65 ans : ce que le dispositif couvre vraiment
Le dispositif Mon Bilan Prévention, déployé par l’Assurance Maladie, cible plusieurs tranches d’âge. Les 60-65 ans et les 70-75 ans sont éligibles, avec une prise en charge à 100 % sans avance de frais. Le rendez-vous se déroule en trois étapes : un auto-questionnaire préparatoire, une consultation avec un professionnel de santé, puis un plan personnalisé de prévention.
Le contenu du bilan ne se limite pas à une prise de sang. Il aborde l’alimentation, l’activité physique, la santé mentale, les addictions éventuelles et les vaccinations. En revanche, il ne remplace pas les dépistages organisés du cancer (colorectal, sein) ni les examens spécialisés comme le fond d’oeil ou l’audiogramme.
Ce que le bilan ne fait pas
Mon Bilan Prévention est un rendez-vous de repérage et d’orientation, pas un check-up complet. Il n’inclut ni imagerie médicale, ni bilan cardiaque approfondi, ni dépistage de l’ostéoporose. Pour ces examens, le médecin traitant reste le prescripteur, en fonction des antécédents et des facteurs de risque individuels.
Cette distinction est mal comprise par beaucoup de patients qui pensent qu’un seul rendez-vous couvre l’ensemble de leur suivi préventif. Le bilan prévention oriente, mais il ne remplace pas le parcours de soins coordonné.
Dépistages du cancer après 65 ans : des limites d’âge qui posent question
Le programme national de dépistage du cancer colorectal cible les 50-74 ans. Celui du cancer du sein concerne la même tranche d’âge. Passé 74 ans, les invitations cessent, ce qui ne signifie pas que le risque disparaît.
Pour le cancer de la prostate, aucun dépistage organisé n’existe en France. Le dosage du PSA reste un acte individuel, prescrit au cas par cas par le médecin traitant, et les recommandations de la Haute Autorité de Santé restent prudentes sur son utilisation systématique. Les données disponibles ne permettent pas de conclure que le dépistage systématique du PSA réduit la mortalité globale, et le risque de surdiagnostic fait débat.
Pour les seniors de plus de 74 ans, la décision de poursuivre ou non les dépistages repose sur l’état de santé général, l’espérance de vie estimée et les préférences du patient. Aucune règle automatique ne s’applique au-delà des bornes d’âge des programmes nationaux.
Examens sensoriels et cognitifs : audiogramme, vision, mémoire
Les troubles de l’audition touchent une large proportion des plus de 65 ans, mais le dépistage auditif n’est pas intégré aux programmes nationaux de prévention. Un audiogramme réalisé chez un ORL permet de quantifier la perte auditive et d’orienter vers un appareillage si nécessaire. Le lien entre presbyacousie non corrigée et déclin cognitif est documenté, ce qui renforce l’intérêt d’un suivi régulier.
Côté vision, un contrôle ophtalmologique annuel ou bisannuel permet de surveiller la pression intraoculaire (glaucome), la cataracte et la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). Ces pathologies progressent souvent sans douleur.
Pour le repérage des troubles cognitifs, le médecin traitant dispose de tests courts (Mini-Mental State, test de l’horloge) qui peuvent être réalisés en consultation. Ces outils ne posent pas un diagnostic de maladie d’Alzheimer, mais ils identifient un déclin qui justifie un bilan neuropsychologique complet.
- Audiogramme chez l’ORL tous les deux à trois ans, plus tôt en cas de gêne ressentie ou d’isolement social
- Examen ophtalmologique incluant mesure de la tension oculaire et fond d’oeil, à adapter selon les antécédents
- Test cognitif bref en consultation de médecine générale, à proposer dès l’apparition de plaintes mnésiques

Vaccination et prévention après 65 ans : un calendrier élargi
Le calendrier vaccinal des plus de 65 ans ne se limite pas au rappel annuel contre la grippe. La vaccination contre le zona est recommandée, de même que les rappels diphtérie-tétanos-poliomyélite tous les dix ans. Depuis peu, la vaccination contre le VRS (virus respiratoire syncytial) fait l’objet de recommandations pour les seniors à risque.
Un arrêté publié le 2 août 2026 autorise désormais les pharmaciens à associer un acte complémentaire lors d’un rendez-vous de prévention, comme une vaccination ou la remise d’un kit de dépistage du cancer colorectal. Cette évolution réglementaire simplifie le parcours pour les patients qui consultent peu leur médecin traitant.
- Grippe saisonnière : vaccination annuelle, prise en charge à 100 % pour les plus de 65 ans
- Zona : vaccination recommandée, à discuter avec le médecin traitant selon le profil
- DTP : rappel tous les dix ans, souvent oublié après 65 ans
- VRS : recommandations en cours d’évolution pour les seniors à risque respiratoire
Le suivi préventif après 65 ans ne se résume pas à une liste figée d’examens. C’est un parcours qui doit s’adapter aux antécédents, aux traitements en cours et à l’état fonctionnel de chaque patient. Le rôle du médecin traitant reste central pour hiérarchiser les priorités et éviter à la fois le sous-dépistage et les examens inutiles.

